2

Nash et Parkins, porteurs d’un mandat, se rendirent chez les Griffith dans l’après-midi. Nash m’avait prié de les accompagner.

— Le docteur, m’avait-il dit, vous aime beaucoup et il n’a pas tellement d’amis par ici ! Je crois, monsieur Burton, que, si la chose ne vous est pas à vous trop pénible, votre présence l’aidera à encaisser le coup !

Convaincu qu’il ne se trompait pas, j’avais décidé d’aller avec eux.

Nous sonnâmes à la porte et Nash demanda à voir Miss Griffith. On nous fit entrer dans le salon, où Elsie Holland, Megan et Symmington prenaient le thé avec Aimée.

Nash manœuvra avec infiniment de tact. Il pria Aimée de bien vouloir lui accorder quelques mots en particulier. Elle se leva et vint à nous. Une seconde, j’eus l’impression qu’il y avait de la crainte dans ses yeux, mais elle se ressaisit vite et ce fut d’un ton parfaitement naturel que, tout en nous conduisant vers un petit bureau qui se trouvait de l’autre côté du couloir, elle dit :

— J’espère que ce n’est pas encore à cause de mes feux de position que vous me rendez visite ?

Nash dit ce qu’il avait à dire avec beaucoup de calme et de correction. Il donna à Aimée les avertissements imposés par la loi, lui dit qu’il était obligé de lui demander de l’accompagner, précisant qu’il avait contre elle un mandat d’arrêt dont il lui fit lecture. J’ai oublié quels étaient les termes exacts. Je me souviens seulement qu’il y était question des lettres, et non point encore du meurtre.

Aimée rejeta la tête en arrière et éclata de rire.

— Quelle niaiserie ! Comme si j’étais capable d’écrire de pareilles ordures ! Il faut que vous ayez perdu la raison. Jamais je n’ai écrit un seul mot de ce genre-là !

Nash tira de sa poche la lettre reçue par Elsie Holland.

— Vous niez avoir écrit ceci, Miss Griffith ?

Si elle hésita, ce ne fut qu’un dixième de seconde.

— Certainement, je le nie ! Je n’ai jamais vu cette lettre auparavant.

— Je me vois contraint de vous dire, Miss Griffith, répliqua Nash sans se démonter, qu’on vous a vue taper cette lettre sur la machine de l’Institut féminin, avant-hier soir, entre onze heures et onze heures et demie. Hier, un gros paquet de lettres à la main, vous êtes entrée au bureau de poste…

— Je n’ai jamais mis cette lettre à la boîte !

— Je n’en disconviens pas. Tandis que vous étiez devant le guichet des timbres, vous vous êtes arrangée pour la laisser tomber par terre, sans en avoir l’air, pour qu’elle fût ramassée par quelqu’un et mise à la poste par ce quelqu’un, qui évidemment ne se doutait de rien.

— Je n’ai jamais…

La porte de la petite pièce s’ouvrit devant Symmington.

— Que se passe-t-il ? demanda-t-il d’un ton bref. Aimée, si quelque chose ne va pas, n’oubliez pas que vous avez droit à un conseil ! Si vous voulez que je…

Il n’alla pas plus loin : Aimée s’effondrait. Les deux mains sur le visage, elle s’écroulait dans un fauteuil, disant :

— Allez-vous-en, Dick ! Allez-vous-en ! Pas vous ! Pas vous !

— Il vous faut un avocat !

— Pas vous !… Je ne pourrais pas… le supporter ! Je ne veux pas que vous sachiez… tout cela !

Comprenant sans doute, il dit, très calme :

— Alors, je vais faire signe à Midmay, d’Exhampton. Vous voulez bien ?

Elle répondit oui de la tête. Elle sanglotait. Symmington quitta la pièce. Sur le seuil, il se heurta à Owen Griffith, qui, véhémentement, interpellait le policier :

— De quoi s’agit-il… Ma sœur… ?

Nash l’interrompit :

— Je suis navré, docteur, absolument navré, mais je n’ai pas le choix.

— Vous croyez que c’est elle qui… a écrit ces lettres ?

— J’ai bien peur, docteur, qu’il n’y ait là-dessus aucun doute.

Tourné vers Aimée, Nash ajouta :

— Maintenant, Miss Griffith, voudriez-vous nous accompagner ? Il va de soi que vous aurez toutes facilités pour vous entretenir avec votre conseil.

Elle se leva, passa devant son frère sans le regarder, disant seulement :

— Ne me parle pas, Owen ! Ne dis rien ! Et, pour l’amour de Dieu, ne me regarde pas !

Aimée sortit, avec les policiers. Owen n’avait pas fait un mouvement. Il était comme pétrifié. Je laissai passer quelques secondes, puis j’allai à lui.

— Si je puis faire quoi que ce soit, Griffith, dites-le-moi !

Il ne bougeait pas.

— Aimée !… Je ne peux pas croire ça !

Je lui dis, sans grande conviction, que la police pouvait se tromper. Il secoua la tête.

— Si c’était une erreur, elle réagirait autrement ! Mais je n’aurais jamais cru ça d’elle… et, maintenant encore, je ne puis pas le croire !

Il se laissa tomber dans un fauteuil. Je me rendis utile en allant lui chercher un peu de cognac, que je lui apportai. Il l’avala d’un trait et j’eus l’impression que l’alcool lui faisait du bien.

— Sur le moment, dit-il, je n’ai pas tenu le choc, mais, maintenant, ça va mieux. Je vous remercie, Burton, mais vous ne pouvez rien faire. Personne ne peut rien !

J’allais protester. Joanna entrait. Elle était très pâle. Elle alla près d’Owen, me regarda et dit :

— Va-t’en, Jerry ! Je m’occuperai de lui.

Quand je fermai la porte, je vis Joanna s’agenouiller près du fauteuil de Griffith.

 

La plume empoisonnée
titlepage.xhtml
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_000.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_001.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_002.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_003.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_004.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_005.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_006.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_007.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_008.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_009.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_010.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_011.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_012.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_013.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_014.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_015.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_016.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_017.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_018.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_019.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_020.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_021.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_022.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_023.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_024.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_025.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_026.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_027.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_028.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_029.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_030.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_031.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_032.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_033.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_034.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_035.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_036.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_037.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_038.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_039.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_040.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_041.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_042.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_043.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_044.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_045.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_046.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_047.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_048.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_049.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_050.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_051.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_052.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_053.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_054.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_055.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_056.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_057.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_058.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_059.html
Christie,Agatha-La plume empoisonnee(1942).French.ebook.AlexandriZ_split_060.html